Le plan anti-pollution à Paris impactera t'il le transport logistique ? Entretien avec Denis Véricel de JMT LocaMeubles

Par la rédaction 0 commentaires - 01/03/15

Avec un parc de 11 véhicules qui parcourent plus de 250 000 km chaque année, JMT LocaMeubles, leader européen de la location événementielle, s’est depuis longtemps engagé dans une politique de développement durable pour réduire ses émissions de CO2. Nous avons interrogé Denis Véricel, Directeur Général de JMT LocaMeubles, afin de savoir si les mesures envisagées par la Maire de Paris risquaient d'impacter son activité.

• Le plan anti-pollution ambitieux de la Mairie de Paris

Dès le 1er juillet 2015, la circulation en journée des cars et des poids lourds les plus polluants sera interdite. Et le 1er juillet 2016, cette interdiction s’appliquera à tous les véhicules les plus polluants. Elle sera dans un premier temps applicable à l’ensemble de Paris, à l’exception du périphérique et des bois de Paris. Dès que la loi sur la transition énergétique sera promulguée, Anne Hidalgo souhaite que le dispositif mis en place s’applique à l’échelle du Grand Paris. L’objectif est d’éradiquer de la capitale d’ici 2020 tous les véhicules diesel (bus, camions, voitures individuelles), les plus gros émetteurs de particules fines, pour les remplacer par des véhicules plus propres (électrique, gaz ou hybride rechargeable).

Après discussions avec les représentants des professionnels parisiens et de la petite couronne, la Mairie de Paris a proposé un accompagnement par une aide financière à l’acquisition d’un véhicule propre, qui viendra s’ajouter à celle de l’Etat. La Capitale s’engage également à assurer la gratuité du stationnement à toute personne entrant et circulant dans Paris avec un véhicule propre. Pour Anne Hidalgo, "le but n’est pas d’empêcher de circuler mais de permettre de circuler sans polluer".

Evénements 3.0 : De quelle flotte de véhicules dispose JMT ? Le plan anti-pollution d'Anne Hidalgo va t’il impacter votre activité sur le plan du transport logistique ?

Denis Véricel : Nos véhicules de transport roulent au diesel. Notre dernier VL 20m3 encore EURO 3, sort du parc cette année. Tous nos autres véhicules sont EURO 4 et EURO 5 et nous privilégions de plus en plus la location courte durée de tracteurs EURO 6 dernière génération pour tracter nos remorques. Nous veillons à bien adapter le type de véhicule au volume à transporter. Notre parc est composé de fourgonnettes 6m3, de VL 20m3 et 30m3, de poids lourds 19T et de tracteurs pour nos remorques.

En ce qui concerne  la classification des véhicules thermiques dits « propres », JMT a largement anticipé les mesures envisagées et n’est aujourd’hui nullement affecté. Dans le cadre de nos activités européennes, nous sommes confrontés à des mesures bien plus sévères, je pense en particulier aux « Low Emissions Zones » qui interdisent l’accès aux poids lourds et véhicules polluants qui ne répondent pas à certaines normes d’émissions très strictes. Ce dispositif est déjà mis en œuvre dans des  villes desservies par JMT en Allemagne, aux Pays-Bas, Grande Bretagne, Suisse, Italie… jusqu’à Prague.

 

• Une Charte Marchandises pour une logistique urbaine moins polluante

Le transport des marchandises, indispensable au dynamisme économique du territoire, représente 1/4 des émissions de CO2 de ce dernier. Le flux de camions circulant dans la capitale ne cesse d’augmenter pour s’élever à plus de 100 000 chaque jour. Depuis plus de 10 ans la Ville de Paris a pris conscience des enjeux de la logistique urbaine et a mis en place un partenariat avec les acteurs concernés, qu’ils soient publics ou privés (chargeurs, expéditeurs, destinataires, gestionnaires d’infrastructures, transporteurs livreurs, etc.). Cette démarche a conduit à la signature en 2006 d’une « Charte de bonnes pratiques des transports et des livraisons de marchandises dans Paris » avec un règlement « marchandises » définissant les modalités de circulation, d’arrêt et d’utilisation des aires de livraison à Paris, l’intégration de la fonction logistique dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) en 2007 et la création d’espaces logistiques dans les parkings concédés.

En septembre 2013, Paris s’est doté d’une "Charte pour une logistique urbaine durable" sous la forme d’une charte de projets associant 80 partenaires au sein de groupes de travail relatifs à la qualité de l’air, aux équipements logistiques et à l’innovation. Cette nouvelle charte permet aujourd’hui de renouveler cet engagement collectif en faveur d’une logistique mieux adaptée aux exigences urbaines, environnementales et économiques, à l’échelle de la métropole. L’enjeu : "préserver l’activité commerciale de la capitale tout en limitant les nuisances (pollution, bruit, congestion, etc.) engendrées par les livraisons et les enlèvements de marchandises".

Evénements 3.0 : Quel est votre avis sur la Charte Marchandises pour une logistique urbaine moins polluante ? En êtes-vous signataire ? Cela va-t-il dans le bon sens ?

Denis Véricel : JMT n’est pas signataire de cette charte qui, si elle devait s’appliquer à la lettre à nos métiers de l’événement, serait désastreuse pour l’environnement par les multiples complications qu’elle impliquerait. Un événement, c’est une disponibilité 24/24 7/7, la réactivité à l’urgence notre quotidien, l’adaptation aux lieux d’exceptions un impératif.

L’intention reste bonne et j’applaudi des deux mains les 5 principes directeurs de la charte. Qui peut s’opposer aux principes ci-dessous ?
1. Développer une logistique urbaine favorable au dynamisme économique
2. Développer une logistique urbaine respectueuse de l’environnement
3. S’inscrire dans une démarche territoriale
4. Agir dans le cadre d’une démarche de concertation dynamique et collective
5. Développer une logistique urbaine mieux insérée dans la ville

Qui aussi peut être contre «les orientations de la déclinaison opérationnelle des principes directeurs de la charte»? Rien à redire sur ces principes qui ressemblent fort à des vœux pieux de politiques et bureaucrates éloignés des contraintes liées à l’événementiel et plus proche des transports liés au commerce et à la distribution et des attentes grand public. Mais..., il faut bien amorcer la pompe et je fais crédit à Anne Hidalgo qui, j’en suis certain, aura la sagesse de prendre tous les conseils avisés pour apporter les compléments indispensables à cette charte sans rien enlever de son contenu ni de ses intentions louables.

Cependant, dans le cadre de l’adhésion de JMT LocaMeubles à la charte Objectif CO2, et en accord avec notre stratégie de groupe européen, JMT a mis en place un programme RSE ambitieux à horizon 2020 avec des actions concrètes bien engagées. En juillet 2013, le hub logistique Sud Europe de notre groupe Boemer Rental Services s’est installé à moins de 10 km de deux pôles majeurs de l’événementiel (Villepinte/Bourget) couvrant ainsi 70% de notre activité en France dans un rayon de 50 km. JMT y a installé ses bureaux France et y a mutualisé son entrepôt de 10 000 m² avec sa société sœur La Compagnie. Nos livraisons sont programmées selon les besoins des clients – en veillant à optimiser les temps de trajet par des tournées contrôlées en temps réel via un système de géolocalisation sophistiqué actuellement en test, évitant – si possible – les horaires de pointe.

Un beau cas d’école se présente fin 2015 avec les aménagements des différents lieux accueillants la conférence mondiale COP 21 / Paris Climat 2015 au Bourget, au Grand Palais et dans d’autres lieux réceptifs en Ile de France sur lesquels JMT sera un intervenant majeur. Je ne vois rien dans « les orientations de la déclinaison opérationnelle des principes directeurs de la charte» qui puisse servir l’organisation logistique de cet événement retentissant pour l’image d’un Paris propre, 1ère destination européenne pour les salons et congrès générateurs d’une manne économique considérable.

La ville promet d'intégrer, dans l’évolution de son PLU, les outils nécessaires à une logistique mieux adaptée au milieu urbain. Au printemps, elle présentera un schéma directeur 2015-2020 de la ville intelligente et durable. Appel à expérimentation et incubateur dédié à la logistique y seront à ce moment-là dévoilés.

 

La "Charte pour une logistique urbaine durable" en détails
Les règles de circulation et de livraison ont été simplifiées pour limiter la circulation des véhicules les plus encombrants et les plus polluants.
  • Les arrêts sur les aires de livraison sont limités à 30 minutes, durée contrôlée à l’aide d’un disque livraison Marchandises désormais obligatoire. Ce nouvel outil permet d’indiquer son horaire d’arrivée sur l’aire de livraison et de préciser la motorisation de son véhicule, informant de sa qualité environnementale.
  • Pour fluidifier la circulation, un travail sur les livraisons de nuit a été engagé. Sur les 7 000 zones de livraison sur voirie, ouvertes en partie la nuit aux particuliers, plusieurs ont été sanctuarisées pour les professionnels (nouvelle signalétique à l'appui). Le principe repose sur deux périodes de circulation (Jour – Nuit) et l’introduction d’un principe environnemental avec la réservation d’un créneau horaire réservé aux véhicules les plus propres. Deux périodes de circulation :
- De 22h à 17h, réservée aux véhicules dont la surface est inférieure à 29 m2 ;
- De 22h à 7h, ouverte aux véhicules d’une surface inférieure ou égale à 43 m2.
- Pour les véhicules propres inférieurs à 29m2, il n'y a pas de restriction
  • Exception : le principe environnemental
Les véhicules dits « propres » et dont la surface est inférieure à 29 m2, sont les seuls à pouvoir circuler et livrer 24 heures sur 24 sur le territoire de la Ville de Paris. Pour bien distinguer ces zones, une nouvelle signalétique est mise en place.
- 1 bande simple :  la zone est ouverte au stationnement tous les jours de 20h à 7h, ainsi que les dimanches et jours fériés (toute la journée).
- 2 bandes pleines : la zone reste exclusivement réservée à la livraison
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